OO

Jade Rouanet, Marion Moulin, Aurane Loury

 

« Dans la période angoissante et catastrophique où nous vivons, nous ressentons le besoin urgent d’un théâtre que les événements ne dépassent pas, dont la résonance en nous soit profonde, domine l’instabilité du temps. »

Antonin Artaud, Le Théâtre et son double, 1938

 

Cachées derrière OO, Jade Rouanet, Marion Moulin et Aurane Loury sont trois graphistes basées à Bruxelles.

Leur pratique s’est peu à peu ouverte les menant à ce jour à des explorations et des questionnements plus interdisciplinaires touchant à la fois aux arts de la scène, de l’exposition et de la musique.

Par la mise en place de dispositifs faisant appel aux codes du jeu et de la partition, elles mènent une recherche autour du langage et de ses représentations dans et hors de la page.

L’expérience du spectateur occupe une place centrale dans leur travail.

OO sera en résidence de création à La fraternelle pendant 6 semaines durant l’année 2021 :
du 27 juin au 10 juillet
du 17 octobre au 13 novembre

Avec le soutien de la DRAC Bourgogne-Franche-Comté.
Pour suivre leur travail c’est ici :
www.moulinmarion.com
auraneloury.hotglue.me

J’ai ce livre entre les mains. Je le feuillette rapidement. À première vue, je reconnais une pièce de théâtre. Mais il y a autre chose. Un récit l’accompagne. On dirait que deux formes d’écriture se répondent. S’entremêlent. Je remarque qu’il lui est associé un dé à monter soi-même. C’est ce que les inscriptions indiquent sur l’insert juste à côté. C’est étonnant de voir des émotions à la place des chiffres inscrits sur les faces.

Au deuxième coup d’œil, je remarque qu’un espace blanc est laissé entre les parenthèses qui suivent le nom des trois personnages. Là où sont normalement écrites les didascalies. Je regarde à nouveau le dé. Je comprends. Je dois jouer le dé à chaque scène pour donner un ton au personnage. Je regarde autour de moi. Pourquoi iel n’a pas le même livre que moi ? Pas les mêmes couleurs. Pas les mêmes trames. Pas les mêmes papiers. Étrange.

Je regarde ça de plus près. Je lis l’encart plus précisément. Ah ! Le dé a aussi été utilisé pour imprimer le livre. Chaque émotion renvoie à une couleur, une trame et un papier servant de paramètres à l’impression. Et ce, pour chaque chapitre. Chaque chapitre est donc graphiquement différent. Le livre a été imprimé en trois séries. Je comprends mieux pourquoi iel n’a pas le même livre que moi.
Le champ lexical utilisé est le terrain de jeu dans lequel se rencontrent le monde du théâtre et de l’impression. Je me replonge dans ma lecture: “Une porte sans poignée”. Le soir d’une représentation, les personnages sont bloqués dans un théâtre où l’on ne peut ni sortir ni rentrer. Qu’est-ce qu’un théâtre sans son public?

Je lance le dé.